Je n'ai rien contre les chiens d'élevage — j'en ai eu plusieurs moi-même, dont mon gros bébé Frost, un rottweiler magnifique. Mais il faut reconnaître que certains types d'élevage ont fait plus de mal que de bien aux races. De par des sélections de défauts qu'ils ont jugés des qualités, et par accouplement de chiens ayant ces défauts, ils ont transformé ces races et créé, par la même occasion, des problèmes de santé à certains chiens. Le plus frappant est la réduction — voire la disparition — de la taille du museau, créant des difficultés respiratoires et de régulation de la température.
Plusieurs études vétérinaires publiées ces dernières années tirent la sonnette d'alarme : chez certaines races, la morphologie sélectionnée est devenue incompatible avec une vie sans contrainte médicale. Des pays comme les Pays-Bas ont même interdit certains accouplements de races brachycéphales trop extrêmes. Ce n'est pas une mode, c'est une réalité sanitaire.
Le Carlin
Quand je regarde un carlin aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de comparer avec ce qu'il était il y a 100 ans.
On a clairement cherché à le rendre plus "mignon", avec une tête plus ronde, des yeux plus gros et surtout un museau de plus en plus court. Sauf que derrière cette évolution esthétique, je constate surtout une perte de fonctionnalité.
Le point qui me marque le plus, c'est la respiration. Beaucoup de carlins que je croise ont du mal à respirer normalement. Ils ronflent, ils s'essoufflent vite, ils supportent mal la chaleur… et parfois, simplement courir devient compliqué. C'est directement lié à leur museau écrasé — ce que les vétérinaires appellent le Syndrome Brachycéphale Obstructif (ou BOAS) : narines sténosées, palais mou trop long, parfois trachée trop étroite. Un ensemble de malformations anatomiques qui rendent chaque inspiration plus difficile.
Il y a aussi les yeux, très exposés. Ils sont plus fragiles, plus sensibles aux blessures, et ça se voit assez vite au quotidien.
Et puis il y a tout le reste : des soucis de peau, de colonne, ou encore des difficultés à réguler leur température. Ce que je remarque, c'est qu'on a transformé un chien à l'origine plus équilibré en un chien beaucoup plus fragile.
Aujourd'hui, j'ai vraiment l'impression que le carlin est devenu un exemple de sélection où l'esthétique a pris le dessus sur la santé.
Le Berger Allemand — une évolution plus subtile…
Pour le berger allemand, le changement est moins choquant au premier regard, mais il est bien là.
Quand je compare les anciens chiens avec ceux d'aujourd'hui, ce qui me frappe, c'est la ligne du dos. Avant, elle était beaucoup plus droite. Aujourd'hui, sur beaucoup de lignées, elle est très inclinée, avec un arrière-train plus bas.
Et ça, je vois bien que ça a un impact. Les problèmes de hanches sont devenus très fréquents. La dysplasie coxo-fémorale, notamment, revient souvent — et ce n'est pas un hasard. À cela s'ajoutent des problèmes de colonne qui peuvent évoluer vers une spondylose, une dégénérescence des vertèbres lombaires qui devient douloureuse avec l'âge.
J'ai aussi remarqué que certains bergers allemands modernes ont une démarche moins naturelle, presque "cassée" à l'arrière. On sent que le corps n'est plus optimisé pour l'endurance comme avant.
Ce qui me marque, c'est que le berger allemand était à la base un chien de travail, solide, endurant, capable d'enchaîner les efforts. Aujourd'hui, selon les lignées, on est parfois plus sur un chien "de concours", avec une apparence très codifiée.
Bien sûr, il existe encore des lignées de travail qui restent très fonctionnelles, mais, globalement, je trouve que la sélection a clairement orienté la race vers un physique moins naturel.
Le Bull Terrier
Le bull-terrier est un cas assez frappant.
Quand je regarde les anciens, je vois un chien plus "classique", plus proche d'un terrier fonctionnel, avec une tête normale. Aujourd'hui, ce qui saute aux yeux, c'est cette tête en forme d'œuf, très bombée, sans véritable stop.
Personnellement, je trouve que cette transformation est impressionnante… mais aussi un peu inquiétante. Ce type de morphologie peut entraîner des problèmes, notamment au niveau des dents — on parle de malocclusion dentaire sévère — ou encore des troubles liés à la forme du crâne. La race est aussi particulièrement touchée par une surdité congénitale, notamment chez les individus blancs. On est clairement sur une sélection très poussée sur un critère esthétique.
Ce que j'en pense, c'est qu'on a transformé un chien de travail en un chien "design".
Le Boxer
Le boxer a lui aussi évolué, mais de façon un peu plus progressive.
Avant, il était plus athlétique, plus élancé, avec un museau un peu plus long. Aujourd'hui, il est devenu plus massif, avec une tête plus large et un museau plus court.
Ce raccourcissement du museau a des conséquences, même si elles sont moins extrêmes que chez le carlin. Je remarque quand même des difficultés respiratoires chez certains individus — un BOAS de moindre intensité, mais bien réel — surtout à l'effort ou en cas de chaleur. La race est aussi particulièrement concernée par des problèmes cardiaques, notamment la cardiomyopathie, qui fait malheureusement partie des causes de mortalité précoce chez le Boxer.
Il y a aussi une tendance à avoir des chiens plus lourds, moins endurants qu'avant.
Dans l'ensemble, je trouve que le boxer a perdu un peu de sa "fonctionnalité" au profit d'un physique plus impressionnant.
Le Bulldog Anglais
Le bulldog anglais est probablement l'exemple le plus marquant.
Quand je regarde les anciens bulldogs, je vois un chien plus haut sur pattes, plus athlétique, avec un museau qui permettait de respirer correctement. Aujourd'hui, on est sur un chien très compact, avec un museau écrasé, beaucoup de plis, et un corps très lourd.
Et ça se voit directement sur sa santé.
Selon plusieurs études vétérinaires, plus de 80 % des Bulldogs anglais naissent aujourd'hui par césarienne. La tête est devenue si large et le corps si compact que la mise bas naturelle est souvent impossible. C'est peut-être le symbole le plus fort d'une sélection qui est allée trop loin.
Les problèmes respiratoires sont fréquents — le BOAS est ici souvent très sévère. La chaleur devient vite difficile à gérer. Et même les déplacements peuvent être plus compliqués.
Pour moi, on est allé trop loin dans la transformation sans prendre en compte la qualité de vie future du chien.
Le Basset Hound
Le basset hound a énormément changé, surtout au niveau de la peau.
Avant, c'était un chien déjà bas sur pattes, mais plus équilibré. Aujourd'hui, il a beaucoup plus de plis, des oreilles très longues, et un corps encore plus lourd.
Je remarque que cette évolution pose plusieurs problèmes. Déjà, les oreilles longues favorisent les otites externes chroniques : l'aération est quasi nulle, l'humidité s'installe, et les infections suivent régulièrement. Ensuite, la peau lâche peut entraîner une dermatite de pli, ces zones macérées entre les rides où les bactéries prolifèrent.
Et puis il y a le corps : plus lourd, plus bas, ce qui accentue les contraintes sur les articulations.
J'ai vraiment l'impression qu'on a accentué tous ses traits… parfois un peu trop.
Le Shar Pei
Le shar pei est un cas assez extrême.
Quand je regarde les anciens, je vois un chien assez classique. Aujourd'hui, il est devenu hyper plissé, surtout quand il est jeune.
Et là, les conséquences sont assez claires. Les plis de peau peuvent entraîner des infections, des irritations, et demandent un entretien constant — ce n'est pas juste esthétique, c'est une vraie contrainte. On parle notamment de dermatite de pli et, dans les cas les plus sérieux, d'une condition propre à la race : la fièvre du Shar Pei, liée à une amyloïdose génétique qui peut à terme affecter les reins. Je vois aussi des chiens avec une peau très épaisse autour des yeux, favorisant l'entropion — les paupières qui se retournent vers l'intérieur et frottent douloureusement la cornée.
On a volontairement exagéré un trait unique… sans vraiment mesurer l'impact derrière.
Le Cavalier King Charles
Le cavalier king charles a évolué de façon plus discrète, mais avec des conséquences importantes.
Avant, le museau était plus long, le crâne moins bombé. Aujourd'hui, on a une tête plus ronde, avec des yeux plus gros et un museau plus court.
Et ça a un impact direct. Je sais que cette race est particulièrement touchée par des problèmes neurologiques liés au manque de place dans le crâne — on parle de malformation de Chiari, qui peut provoquer une syringomyélie : une accumulation de liquide dans la moelle épinière, extrêmement douloureuse. Il y a aussi des problèmes cardiaques fréquents : selon les données de l'association Cavalier Health, près de la moitié des Cavalier King Charles développent une maladie valvulaire mitrale (MVD) avant l'âge de 5 ans.
Force est de constater que, derrière une apparence très douce et "parfaite", il y a une vraie fragilité.
Mon ressenti global
Ce que je retiens avec ces exemples de races — et il en existe bien d'autres ayant subi de gros changements — c'est simple :
- plus on a cherché à accentuer certains traits physiques,
- plus on a parfois créé des problèmes de santé derrière.
Et ça pose une vraie question : jusqu'où peut-on aller dans la sélection sans perdre l'essentiel… qui est un chien en bonne santé.
Un chien beau, c'est bien — encore faut-il trouver ces changements jolis. Un chien en bonne santé, c'est tellement mieux. Ceci, bien évidemment, ne reflète que mon avis personnel.
Cette réflexion est nourrie par 25 ans passés avec des chiens, dont plusieurs issus d'élevages. C'est en côtoyant le monde vétérinaire de près — notamment lors des derniers mois de vie de Frost — que j'ai vraiment mesuré ce que certains choix de sélection coûtent concrètement à des chiens.